Sélectionner une page
 Quand on arrive dans la maison de Noé, le petit garçon de six ans dit bonjour, fait même la bise, et repart jouer tranquillement. C’est le Noé que sa maman, Manuella Dallennes, connaît en général, grâce à un long travail pour le sortir de son monde. Car le petit garçon a été diagnostiqué autiste vers deux ans et demi. «  C’est tôt mais il se trouve que je suis psychologue et que depuis dix ans, je me suis spécialisée dans le traitement des troubles du comportement, notamment avec la méthode ABA…  » Sans imaginer alors qu’elle y serait confrontée à la maison.

Manuella apprécie les progrès que fait son fils, un petit garçon qui n’a aucun problème intellectuel mais un comportement différent : «  Il n’a pas les mêmes codes sociaux. Par exemple, je dois exagérer mes émotions pour montrer que je suis en colère.  » Elle sait aussi que Noé peut devenir ingérable, faire des crises, si on n’applique pas des méthodes pédagogiques précises. Or, c’est ce qui arrive en ce moment. «  On a droit à une AVS (auxiliaire de vie scolaire) 15 heures par semaine. Au début de l’année, on a eu un homme qui était toujours absent, l’école a fait comme elle pouvait. Depuis mars, c’est une autre personne, charmante par ailleurs, mais qui n’arrive pas à gérer Noé. Il la mène par le bout du nez.  » Résultat : l’école est obligée d’appeler Manuella pour qu’elle le récupère plus tôt que prévu. C’était encore le cas mardi lors d’une sortie scolaire… Du coup, la maman fait comme elle peut : «  J’ai une jeune fille qui s’occupe de Noé le midi, car il ne peut pas aller à la cantine sans AVS, du coup, je l’appelle en catastrophe. Mais ça me coûte cher. Je la paye alors qu’en même temps, l’État paie une AVS pour rien…  » Un surcoût qui s’ajoute à l’emploi d’une éducatrice formée à la méthode ABA, qui accompagne aussi Noé quelques heures par semaine en classe. «  Comme je suis sa maman, je ne peux pas le faire moi-même,  » précise la psychologue.

L’Allennoise, qui a aussi une fille adolescente, se sent démunie : «  Je travaille en libérale, j’ai des patients lourds à domicile, je ne peux pas les abandonner comme ça. J’ai été obligée de réduire mes heures et donc mon salaire…  » Manuella ne peut compter que sur elle-même : elle a perdu son mari d’un cancer foudroyant il y a deux ans et demi et sa propre mère il y a un an. Deux personnes qui comptaient beaucoup dans la vie de Noé…Face à cette situation, elle n’en veut absolument pas à la direction de l’école, qui accueille Noé depuis ses trois ans, ni à l’AVS. Mais à l’État : «  On embauche des AVS qui ne connaissent rien au handicap de l’enfant qu’elles vont suivre. On les lance comme ça… Or, il y a des techniques spécifiques à mettre en place. L’autisme, c’est dur à gérer. On en est au troisième plan autisme, avec des fonds pour la formation, je n’en ai pas vu la couleur. Je veux que l’État prenne ses responsabilités ! Je n’ai pas choisi d’avoir un enfant différent. Il est génial, c’est enrichissant. Mais on fait de belles lois pour ces enfants sans donner les moyens. Les maîtresses sont en souffrance comme l’enfant…  »

Manuella se demande comment se passera l’entrée au CP en septembre. Si l’AVS n’est pas formée, elle sera sans doute obligée de faire l’école à la maison. Après être allée frapper à toutes les portes, elle pense même attaquer l’État en justice.

 

Par Anne-Gaëlle Dubois | http://www.lavoixdunord.fr/182786/article/2017-06-24/il-faut-former-les-avs-s-insurge-la-maman-de-noe-autiste